L’achat d’un bien immobilier est souvent le projet de vie le plus important d’un couple. Pour les partenaires non mariés, le Pacte Civil de Solidarité (PACS) offre un cadre juridique protecteur, bien plus structuré que l’union libre. Pourtant, au moment de signer l’acte authentique chez le notaire, une question fondamentale se pose : quel régime patrimonial choisir pour garantir l’équilibre financier de chacun et protéger le partenaire en cas d’aléa de la vie ? Entre la gestion des apports personnels et la transmission du logement, les enjeux sont multiples.
Les deux régimes patrimoniaux du PACS : choisir le bon cadre
Depuis la réforme de 2007, le régime par défaut du PACS a évolué. Il est essentiel de distinguer la séparation de biens de l’indivision pour anticiper sereinement la revente ou une éventuelle séparation.

La séparation de biens : la transparence financière
Ce régime s’applique par défaut si votre convention de PACS ne précise rien. Chaque partenaire reste propriétaire des biens qu’il acquiert seul. Pour un achat immobilier commun, le bien appartient aux deux partenaires à hauteur de leur contribution financière réelle, mentionnée dans l’acte d’achat. Cette solution est la plus protectrice pour celui qui dispose d’un apport personnel plus important ou de revenus nettement supérieurs.
L’avantage majeur réside dans l’étanchéité des patrimoines. Si l’un des partenaires contracte des dettes personnelles, les créanciers ne peuvent pas saisir la part de l’autre sur le logement. Cette protection est précieuse pour les entrepreneurs ou les professions libérales.
L’indivision : le choix de la solidarité totale
Les partenaires peuvent opter pour le régime de l’indivision via une mention expresse dans leur convention. Le bien acheté ensemble est alors réputé appartenir à chacun pour moitié, quel que soit le financement réel. Si l’un finance 70 % du crédit et l’autre 30 %, ils restent propriétaires à parts égales aux yeux de la loi, sauf stipulation contraire.
Ce régime favorise une solidarité totale. Toutefois, il peut complexifier la séparation si les contributions initiales étaient déséquilibrées. Il nécessite une vision commune du partage des richesses et une confiance mutuelle solide.
Sécuriser l’avenir : tontine et testament
Le PACS est moins protecteur que le mariage en matière successorale. Sans dispositions spécifiques, le partenaire survivant n’a aucun droit de propriété sur la part du défunt, qui revient aux héritiers légaux.
La clause de tontine : protéger le partenaire survivant
L’insertion d’une clause de tontine dans l’acte d’acquisition est une stratégie efficace. Cette clause prévoit qu’au décès du premier partenaire, le survivant est considéré comme le seul propriétaire du bien, de manière rétroactive. Le logement est ainsi exclu de la succession du défunt.
Cette technique permet d’écarter les héritiers réservataires, garantissant au survivant de rester dans les lieux. Attention : la tontine est un contrat aléatoire. Elle exige que les partenaires aient une espérance de vie similaire et une mise de fonds équilibrée pour éviter une requalification en donation déguisée.
Le testament : un complément indispensable
Les partenaires pacsés sont considérés comme des tiers par le droit des successions. Pour que le survivant hérite de la part du logement appartenant au défunt, la rédaction d’un testament est obligatoire. Sans ce document, le partenaire ne bénéficie que d’un droit de jouissance gratuite du logement pendant un an. Au-delà, il peut être contraint de vendre si les héritiers du défunt réclament leur part.
L’importance de la quote-part dans l’acte notarié
Sous le régime de la séparation de biens, il est crucial de définir précisément la quote-part de chacun dans l’acte notarié. Cette répartition doit refléter la réalité du financement, incluant l’apport personnel et le remboursement du prêt.
| Élément de financement | Partenaire A | Partenaire B |
|---|---|---|
| Apport personnel | 40 000 € | 10 000 € |
| Mensualité de crédit | 600 € | 600 € |
| Quote-part suggérée | 65 % | 35 % |
Définir la répartition dès le compromis de vente évite de nombreux litiges. Si l’acte mentionne 50/50 alors que l’un a financé 80 % du bien, le droit considère qu’il y a eu une intention libérale. En cas de séparation, le partenaire ayant le plus financé aura des difficultés à récupérer ses fonds s’il n’a pas fait inscrire les proportions réelles dès le départ.
Fiscalité et solidarité : les effets du PACS
Acheter en étant pacsé modifie la gestion du budget lié au logement et offre des avantages fiscaux non négligeables.
La solidarité des dettes ménagères
Le PACS impose une solidarité pour les dettes contractées pour les besoins de la vie courante. Cela inclut les charges de copropriété, les taxes foncières et les factures d’énergie. Si l’un des partenaires ne peut plus payer, le créancier peut se retourner vers l’autre. Cette solidarité ne s’applique pas automatiquement au crédit immobilier, sauf si les deux partenaires sont co-emprunteurs, ce qui est la norme dans la majorité des dossiers bancaires.
L’avantage fiscal sur les droits de mutation
En cas de transmission par décès ou de donation entre partenaires, le PACS offre une exonération totale de droits de succession, contrairement à l’union libre où le survivant serait taxé à 60 % après un abattement minime. Pour un bien de 300 000 €, cet avantage représente une économie fiscale substantielle.
Anticiper la séparation : les modalités de sortie
Si le couple décide de se séparer, trois options permettent de liquider le patrimoine commun :
La vente du bien : le prix de vente, net de frais et de remboursement de prêt, est partagé selon les quotes-parts inscrites dans l’acte notarié. Le rachat de part (soulte) : l’un des partenaires conserve le logement en rachetant la part de l’autre, sur la base de la valeur vénale actuelle et du capital restant dû. La convention d’indivision : le couple reste propriétaire ensemble pour une durée déterminée, le temps que le marché soit plus favorable ou que la situation personnelle se stabilise.
Le juge aux affaires familiales n’intervient pas dans la liquidation d’un PACS comme pour un divorce. Si aucun accord amiable n’est trouvé, la procédure de partage judiciaire devant le tribunal peut être longue et coûteuse. Soigner la rédaction de sa convention de PACS et de son acte d’achat initial reste la meilleure protection.