Depuis plusieurs années, les centres-villes des villes moyennes françaises connaissent une érosion inquiétante : boutiques fermées, logements vacants, services publics qui disparaissent. Face à ce constat, le programme « Action Cœur de Ville » a été lancé en 2017 pour inverser la tendance. Ce dispositif national mobilise l’État, la Caisse des Dépôts, Action Logement et l’Anah autour d’un objectif commun : redonner vie aux centres urbains en agissant simultanément sur l’habitat, le commerce, la mobilité et l’attractivité. Que vous soyez élu local, commerçant ou acteur du développement territorial, ce programme offre des leviers concrets pour transformer votre centre-ville. Voyons ensemble comment il fonctionne, quels moyens il déploie et comment en tirer pleinement parti.
Action cœur de ville : un dispositif clé pour les centres-villes
Le programme « Action Cœur de Ville » s’adresse aux villes moyennes confrontées à des difficultés structurelles : vacance commerciale parfois supérieure à 15%, parc de logements anciens dégradés, accessibilité limitée et perte progressive d’habitants au profit des périphéries. Ces territoires, souvent chefs-lieux de département ou sous-préfectures, jouent pourtant un rôle essentiel dans l’équilibre territorial français. Le dispositif vise à leur redonner les moyens d’être compétitifs face aux métropoles et aux zones commerciales périurbaines.
Pourquoi le programme action cœur de ville est devenu indispensable aux territoires
Les centres-villes des villes moyennes cumulent plusieurs fragilités. La concurrence des centres commerciaux en périphérie a vidé les rues commerçantes. Les logements anciens, souvent énergivores et mal adaptés aux standards actuels, restent vacants. Les services publics se regroupent dans les métropoles, laissant un vide dans ces territoires intermédiaires. Cette spirale négative entraîne une perte d’emplois, un vieillissement de la population et une image dégradée.
« Action Cœur de Ville » propose une réponse globale en articulant urbanisme, économie locale et qualité de vie. Plutôt que d’intervenir secteur par secteur, le programme encourage une approche intégrée qui traite simultanément l’habitat, le commerce, l’espace public et les mobilités. Pour une ville de 30 000 habitants par exemple, cela peut se traduire par la rénovation simultanée de 200 logements, la requalification de la place centrale et l’installation d’une foncière pour relancer les commerces.
Quels sont les objectifs concrets poursuivis par action cœur de ville
Le programme s’articule autour de plusieurs ambitions mesurables. D’abord, améliorer les conditions de vie des habitants en proposant des logements rénovés, confortables et économes en énergie. Ensuite, soutenir le commerce de proximité en facilitant l’installation de nouveaux commerçants et en modernisant les cellules commerciales. Le dispositif vise aussi à renforcer l’accessibilité, notamment pour les personnes à mobilité réduite, et à développer les modes de déplacement doux comme le vélo.
Au-delà des aspects matériels, « Action Cœur de Ville » cherche à faire du centre-ville un lieu de sociabilité retrouvée. Cela passe par le maintien ou la création d’équipements culturels, de tiers-lieux, d’espaces de coworking ou de services publics de proximité. L’objectif final est de transformer le cœur de ville en un espace où l’on vit, travaille et se divertit, et non plus seulement un lieu de passage.
Villes bénéficiaires, partenaires et gouvernance du programme à l’échelle nationale
Le programme concerne 234 villes moyennes sélectionnées selon des critères précis : entre 5 000 et 100 000 habitants en général, avec des indicateurs de fragilité comme le taux de vacance commerciale, le niveau de revenus ou la dynamique démographique. Ces villes sont réparties sur l’ensemble du territoire, de Maubeuge à Béziers, en passant par Châteauroux ou Morlaix.
Les partenaires financiers principaux sont l’État, qui coordonne le dispositif, la Caisse des Dépôts, qui intervient via des prêts bonifiés et des investissements en foncières, Action Logement, qui mobilise des moyens pour la rénovation de logements, et l’Anah, qui déploie ses aides à la réhabilitation. Localement, la gouvernance repose sur une convention signée entre la ville, l’intercommunalité, l’État et les partenaires. Un comité de pilotage assure le suivi des actions et l’ajustement de la stratégie.
Cinq axes stratégiques pour réussir la revitalisation du cœur de ville

Le succès d’un projet « Action Cœur de Ville » repose sur une feuille de route structurée autour de cinq piliers complémentaires. Chacun d’eux répond à un enjeu spécifique du centre-ville, mais c’est leur combinaison qui produit l’effet levier recherché. Comprendre ces axes permet de monter un projet cohérent, aligné avec les attentes des financeurs et les besoins réels du territoire.
Réhabiliter l’habitat en centre-ville pour attirer de nouveaux habitants
La vacance résidentielle est l’un des symptômes les plus visibles du déclin des centres-villes. Dans certaines communes, jusqu’à 20% des logements sont vides, souvent parce qu’ils sont vétustes, mal isolés ou inadaptés aux modes de vie contemporains. « Action Cœur de Ville » mobilise massivement l’Anah et Action Logement pour financer des opérations de rénovation lourde, parfois couplées à des opérations programmées d’amélioration de l’habitat (OPAH).
Concrètement, un propriétaire qui rénove un appartement ancien peut bénéficier de subventions couvrant jusqu’à 50% des travaux, voire plus pour les ménages modestes. Ces aides concernent l’isolation, le chauffage, l’accessibilité ou la mise aux normes électriques. L’objectif est de créer une offre de logements attractifs, à des loyers abordables, pour attirer de jeunes actifs, des familles ou des retraités qui souhaitent vivre au cœur de la ville.
Comment le programme soutient commerces de proximité et activités économiques
Le volet commercial d’« Action Cœur de Ville » s’attaque à la vacance des cellules et à l’obsolescence de l’offre. Les collectivités peuvent s’appuyer sur des foncières commerciales, souvent créées avec l’appui de la Caisse des Dépôts, pour racheter des locaux stratégiques, les rénover et les proposer à la location à des porteurs de projet. Ce dispositif permet de casser le cycle spéculatif et d’orienter l’implantation vers des commerces de proximité diversifiés.
Parallèlement, des dispositifs d’accompagnement des commerçants existent : conseils en gestion, formations, aides à la modernisation des vitrines ou des outils numériques. Certaines villes organisent des marchés tests ou des pop-up stores pour permettre à de jeunes entrepreneurs de tester leur concept sans prendre trop de risques. L’enjeu est de recréer un tissu commercial vivant, qui réponde aux besoins quotidiens et contribue à l’animation du centre.
Transformer les mobilités et l’espace public pour un cœur de ville vivant
Un centre-ville attractive est avant tout un centre-ville agréable à vivre et facile d’accès. Beaucoup de villes ont longtemps privilégié la voiture, avec des rues encombrées et des espaces publics peu accueillants. « Action Cœur de Ville » finance des projets d’apaisement de la circulation : zones 30, zones de rencontre, élargissement des trottoirs, création de pistes cyclables sécurisées.
La requalification des places et des rues joue aussi un rôle essentiel. Installer du mobilier urbain confortable, planter des arbres, créer des terrasses ou des aires de jeux redonne envie aux habitants de fréquenter le centre. À Châtellerault par exemple, la piétonisation de la rue principale et l’installation de bancs et de fontaines ont permis de doubler la fréquentation en quelques mois. Ces aménagements, couplés à une meilleure gestion du stationnement, changent radicalement les usages.
Services publics, culture et numérique comme leviers d’attractivité durable
Au-delà du bâti et du commerce, « Action Cœur de Ville » encourage le maintien ou le retour de services essentiels : maisons de santé pluridisciplinaires, guichets de services publics, médiathèques, salles de spectacle. Ces équipements structurants renforcent l’attractivité du centre et contribuent à la cohésion sociale.
Le numérique joue également un rôle croissant. Certaines villes déploient des applications pour faciliter le stationnement, informer sur les événements ou promouvoir les commerces locaux. D’autres créent des tiers-lieux numériques, espaces de coworking ou fablabs, qui attirent entrepreneurs et télétravailleurs. Ces initiatives modernisent l’image du centre-ville et le positionnent comme un lieu d’innovation et de créativité.
Monter un projet action cœur de ville et mobiliser les financements
Transformer une ambition politique en projet opérationnel nécessite méthode et rigueur. Les collectivités qui réussissent dans « Action Cœur de Ville » sont celles qui construisent un diagnostic solide, définissent des priorités claires et mobilisent les bons partenaires financiers. Cette section vous guide dans les étapes clés de la structuration d’un projet.
Comment construire un projet de territoire crédible dans le cadre du programme
Tout commence par un diagnostic partagé du centre-ville. Cette phase, souvent menée avec l’appui de bureaux d’études, croise données socio-économiques, analyse foncière, étude des flux de déplacements et enquêtes auprès des habitants et commerçants. L’objectif est d’identifier les points de fragilité et les atouts à valoriser.
Sur cette base, la collectivité élabore une stratégie pluriannuelle qui hiérarchise les actions : quels quartiers rénover en priorité, quels commerces cibler, quels espaces publics requalifier. Cette stratégie doit être réaliste, chiffrée et partagée avec l’ensemble des acteurs locaux. La concertation avec les habitants, via des réunions publiques ou des ateliers participatifs, renforce la légitimité du projet et facilite sa mise en œuvre.
Convention cadre, gouvernance locale et rôle du chef de projet dédié
La convention « Action Cœur de Ville » formalise les engagements réciproques de la ville, de l’intercommunalité, de l’État et des partenaires financiers. Elle fixe les objectifs à atteindre, le calendrier des opérations, les budgets prévisionnels et les indicateurs de suivi. Cette contractualisation crée un cadre sécurisant pour tous les acteurs.
La réussite du programme repose aussi sur la désignation d’un chef de projet dédié, recruté par la collectivité ou mutualisé à l’échelle intercommunale. Ce poste clé assure la coordination entre les services municipaux, les partenaires extérieurs, les commerçants et les habitants. Il pilote le calendrier, suit les indicateurs et ajuste la stratégie en fonction des résultats obtenus. Sans cette fonction de pilotage, les projets perdent souvent en cohérence et en efficacité.
Quels financements mobiliser entre État, collectivités et partenaires bancaires
Le financement d’un projet « Action Cœur de Ville » repose sur une ingénierie financière complexe mais structurée. L’État intervient via des subventions ciblées, notamment sur les espaces publics ou les équipements structurants. La Caisse des Dépôts propose des prêts bonifiés pour les collectivités et peut investir dans des foncières commerciales. Action Logement mobilise des fonds pour la rénovation de logements, tandis que l’Anah déploie ses aides classiques.
| Partenaire | Type d’intervention | Domaines prioritaires |
|---|---|---|
| État | Subventions | Espaces publics, équipements structurants |
| Caisse des Dépôts | Prêts bonifiés, investissements | Foncières commerciales, aménagement |
| Action Logement | Subventions, prêts | Rénovation de logements |
| Anah | Aides directes | Réhabilitation de l’habitat privé |
| Collectivités | Autofinancement, emprunt | Ensemble des opérations |
Les collectivités complètent ces financements par leur propre budget, via l’autofinancement ou l’emprunt. Certaines mobilisent aussi des fonds européens (FEDER), des programmes régionaux ou des partenariats avec des bailleurs sociaux. La clé réside dans une programmation pluriannuelle cohérente, qui sécurise les engagements de chacun et permet de lancer les opérations dans de bonnes conditions.
Retours d’expérience, enseignements et perspectives post action cœur de ville

Après huit années de mise en œuvre, le programme « Action Cœur de Ville » offre un recul précieux. Certaines villes ont transformé leur centre-ville de manière spectaculaire, d’autres rencontrent encore des difficultés. Cette dernière partie fait le bilan des résultats observés, met en lumière des bonnes pratiques et propose des pistes pour pérenniser la dynamique au-delà du programme.
Quels résultats concrets observe-t-on dans les centres-villes accompagnés
Les premiers bilans montrent des avancées significatives dans de nombreuses villes. La vacance commerciale a reculé en moyenne de 2 à 3 points dans les centres accompagnés. Des milliers de logements ont été rénovés, avec des gains énergétiques importants et une remise sur le marché de biens auparavant inoccupés. La fréquentation des centres-villes a souvent augmenté, mesurée par des comptages piétons ou l’évolution du chiffre d’affaires des commerces.
Au-delà des chiffres, on observe un regain de fierté locale. Des habitants redécouvrent leur centre-ville, des commerçants s’installent, des événements culturels se multiplient. À Vitré par exemple, la rénovation de la place du marché et l’ouverture d’une maison de santé ont attiré de jeunes familles qui cherchaient auparavant à s’installer en périphérie. Ces réussites montrent que le programme produit des effets tangibles quand il est bien piloté.
Exemples de bonnes pratiques et erreurs fréquentes à éviter absolument
Les villes qui réussissent partagent plusieurs caractéristiques. Elles ont une vision claire, portée par les élus et partagée par les acteurs locaux. Elles privilégient la concertation et l’écoute des besoins réels des habitants, plutôt que des projets technocratiques déconnectés du terrain. Elles investissent dans des aménagements simples mais efficaces : bancs confortables, éclairage soigné, végétalisation.
À l’inverse, certaines erreurs reviennent fréquemment. La dispersion des moyens sur trop d’actions simultanées dilue l’impact. Des projets trop techniques, focalisés sur la voirie ou les réseaux, négligent l’ambiance et l’usage des espaces. Une communication insuffisante laisse les habitants dans l’ignorance des transformations en cours, ce qui génère incompréhension et méfiance. Un élu témoignait récemment : « Nous avons installé des bancs et des jardinières sur la place centrale. En trois mois, les gens ont repris l’habitude de s’y retrouver. Parfois, les solutions les plus simples sont les plus efficaces. »
Comment préparer l’après programme et inscrire la dynamique dans la durée
Le programme « Action Cœur de Ville » n’est pas éternel. Les conventions arrivent à échéance, les financements exceptionnels se tarissent. Pour éviter un retour en arrière, les collectivités doivent anticiper cette sortie dès la conception des projets. Cela passe par la création de modèles économiques pérennes pour les équipements créés : gestion déléguée pour une médiathèque, loyers maîtrisés pour les commerces, autofinancement pour l’entretien des espaces publics.
Il est aussi essentiel de maintenir une fonction de pilotage dédiée au centre-ville, même réduite, pour continuer à animer les partenariats et ajuster la stratégie. Certaines villes s’appuient sur des établissements publics fonciers locaux, des sociétés publiques locales ou des associations de commerçants pour porter cette dynamique. L’évaluation régulière des actions, via des indicateurs simples et partagés, permet de mesurer les progrès et de justifier de nouveaux investissements.
« Action Cœur de Ville » n’est pas qu’un programme de financements : c’est une méthode de travail, une culture de projet qui doit se prolonger dans le temps. Les villes qui auront su transformer cette impulsion nationale en dynamique locale durable seront celles qui réussiront à redevenir des centralités attractives, à la fois pour leurs habitants et pour les territoires environnants.
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